Je faisais la fière avec mes yeux durs et mes phrases à la Rimbaud. Je te déclarais, mon regard ancré dans le tien: "Je ne crois pas en l'amour, ça n'existe pas.". Je pensais m'être imperméabilisée contre cette pluie acide, ces larmes brûlantes et corrosives qui pourrissaient les c½urs. Ton c½ur en particulier. Je suis sûre que de voir la façon dont cette chevelure bleue avait fait des ravages dans ton âme m'avait prévenue, et toutes ces déceptions qui ont suivi ou précédé ton drame. Je me suis armée d'un gros bouclier pesant pour renvoyer les flèches que Cupidon balançait en vain, et d'une armure en métal pour éviter des doux regards comme des caresses innocentes. Je voulais absolument éviter tout genre d'amourettes ringardes ou de fantasmes inutiles. Je n'attendais plus rien de la vie.
Et puis, elle est arrivée. Avec ses cheveux couleur caramel et des morceaux de ciel d'été incrustés dans ses pupilles. Je ne sais pas comment tout ça est arrivé, mais même après bientôt six mois, je n'arrive pas toujours à bien suivre l'évolution de notre relation. Je me sens gauche et maladroite, je lui balance des déclarations d'amour à tout bout de champ, il faudrait peut-être que je me limite de temps en temps, pour ne pas lui faire croire que je l'aime trop. Mais c'est là qu'est le problème. Je l'aime trop, cette jolie 'gamine de même pas 14 ans'. Si tu savais le nombre de fois où je veux être avec elle, lui tenir la main, la serrer contre moi et l'embrasser, enfin.
Je suis un peu faiblarde ces derniers jours mais personne ne s'en est rendu compte, sans doute grâce à la joyeuse hystérie provoquée par chacun de ses petits messages. Je suis un peu fébrile, et j'en deviens tristement pathétique. Mon organe vital s'ébrèche entre ses mains. Je suis tellement effrayée à l'idée qu'elle laisse tomber mon coeur avant de l'écraser par mégarde.. Je pourrais faire une grande déclaration, belle, joyeuse et poétique pour lui dire que je suis officiellement tombée amoureuse d'elle, que je l'aime. Mais je pense qu'elle s'en est déjà rendue compte. Et si ce n'est pas le cas, elle sait que je peux le répéter autant de fois qu'elle le désire pour que ça résonne dans ses oreilles. Je suis l'esclave de chacune de ses paroles, de chacun de ses petits c½urs maladroitement dessinés et de chaque adorable sourire qu'elle m'adresse. Je suis assez pitoyable, hein? On va dire ça comme ça.